La naissance de la psychanalyse (12) : La seconde topique

B – LA SECONDE TOPIQUE – 1923

Voir « Le moi et le ça » in Essais de psychanalyse.

(C’est principalement à la suite de considérations cliniques que Freud est amené à remanier cette description de l’appareil psychique et de son fonctionnement).

Ces considérations cliniques sont :

  • la question des processus de défense, de l’organisation défensive de la personnalité.

Principalement : la dénégation.

  • la question des identifications.

L’interférence de ces deux instances qu’on appelle le moi idéal et l’idéal du moi, qui sont des instances qui se mettent en place chez l’enfant au moment de la résolution du complexe d’Œdipe.

  • le sadisme et le masochisme, toute la question des perversions.

Freud distingue trois instances : le moi, le ça et le surmoi.

  • Le ça.

Freud reprend une expression qu’il emprunte à Nietzsche pour qui le ça incarne tout ce qu’il y a à la fois d’involontaire et d’irrépressible chez l’homme.

Le ça c’est essentiellement le psychisme inconscient, mais pas seulement. Le psychisme inconscient déborde le ça.

Freud l’appelait aussi le réservoir des pulsions (des représentants pulsionnels).

Par ailleurs, Freud définit le ça comme la forme la plus archaïque de l’appareil psychique.

Et c’est à partir du ça que vont se différencier (développer) successivement les autres instances.

D’un point de vue dynamique, c’est un lieu de très haute énergie psychique.

L’économie de fonctionnement du ça est une économie absolument aveugle, impérative qui est régie exclusivement par le principe de plaisir. Le ça ne connaît rien d’autre. Il pousse à la jouissance.

Le principe de réalité, ça ne le concerne pas.

Il est régi par une économie extrêmement archaïque qui repose sur cette opposition plaisir/déplaisir, autrement dit satisfaction/non satisfaction. C’est ça qui fait moteur.

Donc, de ce point de vue et pour ces raisons de fonctionnement aveugle, le ça entretient nécessairement des rapports conflictuels avec le moi et le surmoi.

  •   Le moi .

Pour Freud, le moi est une instance qui va se différencier à partir du ça. C’est un prolongement du ça mais qui va, petit à petit, devenir le lieu d’aptitude différente.

C’est le contact permanent du ça au niveau de la réalité extérieure qui impose petit à petit le surgissement d’une instance nouvelle.

La tâche essentielle du moi, au niveau psychique, c’est d’assurer la médiation entre le ça et la réalité extérieure.

Le moi est totalement gouverné par le principe de réalité.

Son rôle essentiel va être de préserver l’intégralité, l’équilibre psychique du sujet.

Il a une fonction qui reste essentiellement adaptative : établir des compromis permanents entre les exigences du ça, entre la répression du surmoi et les exigences de la réalité.

Le moi est une instance à la fois consciente et inconsciente. C’est très nouveau par rapport à la première topique.

Donc une partie consciente. Celle par laquelle sont assurées les perceptions, la sensibilité, par laquelle s’effectuent des opérations psychiques plus élaborées, opérations intellectuelles.

Une autre partie du moi est préconsciente. Celle qui contrôle les automatismes psychologiques, qui correspond tout à fait à ce que Freud appelait le préconscient.

Une partie tout à fait inconsciente. Celle qui mobilise les mécanismes de l’inconscient (la dénégation, la projection). C’est aussi le moi, à un niveau inconscient, qui mobilise le refoulement. Ces mécanismes de défense vont être mobilisés lorsqu’une représentation est susceptible de compromettre l’équilibre psychique du sujet. Représentation le plus souvent externe au sujet.

Si une telle représentation est susceptible de prendre une signification consciente menaçante, le moi s’en défend. Par exemple, il peut s’en protéger par la projection.

Si le moi est trop menacé par le retour de représentations internes, refoulées, il doit mobiliser à nouveau le refoulement pour que la représentation reste où elle est et ne surgisse pas à la conscience. C’est ce que Freud appelle le refoulement par le moi.

Le moi n’est pas cause de refoulement, il est l’instrument qui va éveiller le processus de refoulement. Le refoulement est directement gouverné par le surmoi.

  • Le surmoi.

Le surmoi est une vigie.

C’est une instance qui se différencie à partir du moi à l’issue du complexe d’Œdipe.

C’est le résultat de l’intériorisation de toutes les forces répressives extérieures, de toutes les interdictions. C’est pour ça que le surmoi constitue par excellence une autorité de censure. La censure s’exerce toujours au niveau du moi. Le surmoi juge le moi.

C’est donc une instance critique.

La différenciation de cette instance est très liée à la question de l’identification de l’enfant aux modèles parentaux. C’est à travers les mécanismes identificatoires de l’enfant que le surmoi se constitue. Mais :

L’enfant ne s’identifie jamais à ses parents tels qu’ils sont mais tels qu’il a intérêt à les percevoir. Donc tels qu’ils ne sont pas. C’est un drame parce que ça lui donne la possibilité de s’en plaindre. Ce qu’il a en face de lui n’est jamais conforme à la représentation qu’il s’en est donnée. C’est ce qu’on appelle une image.

L’image, c’est toujours un prototype, inconscient du personnage que le sujet a construit inconsciemment et qui va orienter de façon très privilégiée tous les rapports qu’il entretiendra avec les autres. Ça sera toujours en référence aux images qu’il percevra les autres : c’est le prototype des premières identifications.

Ces images parentales sont complètement élaborées sur la base des fantasmes. Rien à voir avec les parents tels qu’ils sont dans la réalité mais quelque chose à voir avec les parents tels que l’enfant souhaiterait qu’ils soient.

Les images sont toujours des parents idéalisés.

Si le surmoi s’élabore sur la base essentielle de ces images parentales, ça veut dire que le surmoi de l’enfant se forme à l’image du surmoi des parents.

Voir Nouvelles conférences sur la psychanalyse.

A partir de ce moment-là, l’enfant va s’aimer, va se juger, va se haïr, tel qu’il croit que ses parents l’aiment, le jugent, ou le haïssent. Tous ses rapports avec les autres vont être parasités par ce type de prédéterminations inconscientes.

Par ailleurs, on a souvent désigné le surmoi de Freud par la conscience morale. Alors que, par définition, c’est une élaboration du moi (conscience). Le surmoi n’est pas du tout la conscience morale. Mais par contre l’idée de la conscience morale que l’on peut avoir chacun pour soi est complètement déterminée par notre propre surmoi. Ce sont les prescriptions inconscientes du surmoi qui nous prédéterminent à être sensibles à telle valeur plutôt qu’à telle autre.

Le surmoi ne peut être qu’en conflit avec le moi. Le moi est assujetti aux exigences du surmoi, aux exigences inconscientes évidemment. L’expression la plus courante de ces conflits permanents entre le moi et le surmoi, c’est ce qu’on appelle la culpabilité.

Quand on se sent coupable, on ne sait pas pourquoi.  Ça se comprend dans la mesure où ce dont on se sent coupable est inconscient.

Pascal Couderc

Psychanalyste
Suite…

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