La naissance de la psychanalyse (2) : parcours historique de l’hystérie avant Freud

I – PARCOURS HISTORIQUE DE L’HYSTÉRIE AVANT FREUD

  • Il y a 4000 ans

Il a été découvert des papyrus (6) égyptiens, dont certains consacrés exclusivement à la médecine et datant de 1900 avant notre ère, faisant part de troubles féminins, d’une femme qui aimait le lit et ne voulait plus le quitter et qui refusait de se laver ; une autre malade de la vue ayant des douleurs autour du cou ; une autre souffrait des dents et sa mâchoire ne pouvait plus sourire ; une autre de douleurs diffuses dans les muscles et les yeux.

L’étiologie de l’époque : une supposée inanition de l’utérus avec un déplacement vers le haut.

  • La thérapeutique consistait à nourrir l’organe supposé affamé et tenter de le faire revenir à sa place. Donc à faire ingérer des substances fétides pour repousser l’utérus vers le bas et à faire des fumigations vaginales avec des substances odorantes pour l’attirer vers le bas. Prescription également de valériane (prescrite il y a un siècle pour l’hystérie).

Dans un autre papyrus, on ajoutait un ibis de cèdres aux fumigations (oiseau représentant le dieu Thot, le plus puissant du Panthéon et exclusivement mâle).

  •  En 400 av. J.-C., Hippocrate reprend toutes ces prescriptions pour les mêmes symptômes (voir Platon : « Le Tinée »).

D’après Hippocrate, ces manifestations de l’utérus sont repérables sur certaines femmes : celles qui n’ont pas de rapports sexuels. La théorie médicale étant la théorie du sec et de l’humide : l’utérus sec remontant dans l’organisme à la recherche d’humidité ; ce faisant, il intercepte l’air destiné à la cavité abdominale (apparition d’épilepsie).

La thérapeutique étant le mariage et la grossesse.

Hystérie vient du grec signifiant matrice.

Le concept hippocratique de l’hystérie repose sur des troubles uniquement physiologiques.

La conception du sens de maladie et du traitement fut modifiée en fonction d’une modification de l’éthique.

  • A partir de St Augustin (400 ans apr. J.-C.), la maladie se trouve aliénée à l’ordre du péché. D’où la chasse aux sorcières et aux possédés. C’est une conséquence de l’influence des théologies monothéistes : toute force qui anime le corps, mais qui échappe aux forces naturelles ne pouvant pas résulter de la volonté de Dieu. Toute force de la nature qui venait contrarier la volonté divine ne pouvant être rattachée qu’à la sorcellerie.
  •  Certains médecins pensaient que les causes de l’hystérie étaient naturelles (Ambroise Paré et Paracelse). Voir dans le Pantagruel de Rabelais.
  • Il faut attendre le 17ème siècle pour que les médecins attribuent une cause cérébrale à l’hystérie. Mais il s’agit toujours d’un dysfonctionnement utérin.

D’après Jorden (anglais), l’utérus émet des vapeurs qui montent au cerveau et entraînent des troubles spectaculaires.

Charles Le Poix est un des premiers à introduire l’hystérie masculine. Pinel (traité des maladies mentales) classe l’hystérie dans les névroses génitales (nymphomanie rapprochée du satyriasis, masculin).

En 1866 (J.P. Falret), l’hystérie apparaît sur le registre du théâtralisme, de la comédie ; il dénonce l’imperfection morale des hystériques.

Les prescriptions thérapeutiques sont de plus en plus centrées sur l’appareil génital.

Apparaît la théorie de la rétention séminale. Ce qui entraîne un traitement local consistant à évacuer les produits retenus dans l’utérus. De nombreux sévices (car il s’agit bien de sévices) locaux qui durent jusqu’à Charcot (considéré à tort comme le médecin qui a découvert l’hystérie, son collaborateur Babinski apportera la preuve expérimentale de son erreur).

Suite…

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