La naissance de la psychanalyse (10) : La période de latence

 La période de latence

Elle se mettrait en place à partir de 5, 6 ans jusqu’à la puberté. Freud ne l’appelle pas un stade parce que tout se passe comme si, pendant cette période, il y avait un arrêt dans l’évolution de la sexualité de l’enfant, comme si les pulsions sexuelles de l’enfant étaient moins fortes, tendaient à disparaître.

  • Ce sont, en fait, des modifications intrapsychiques très importantes qui se sont mises en place au déclin du complexe d’Œdipe, qui donnent à la sexualité de l’enfant, cette fausse allure de récession.
  • Ces modifications intrapsychiques sont surtout de 3 ordres :
  1. L’intériorisation ;
  2. Le refoulement ;
  3. La sublimation.

L’effet de ces trois processus, qui sont différents, contribue à désexualiser les relations d’objet de l’enfant.

La relation que l’enfant entretient avec ses objets d’amour essentiels (ses parents) apparaît beaucoup moins érotisée qu’avant. La tendresse va prendre la place du désir sexuel du très jeune enfant Ce qui va y contribuer, c’est l’intériorisation.

C’est un mécanisme assez simple, extraordinairement efficace, qu’on paye toujours très cher après.

  1. L’intériorisation consiste, pour l’enfant, à faire siennes la plupart des interdictions qui lui venaient de l’extérieur. C’est un processus économique, apparemment. A savoir, pour l’enfant, au lieu de rencontrer en permanence l’inconfort des interdictions, à la réalité, l’enfant va se donner pour lui-même, une fois pour toutes, tous ces interdits. Il va les assimiler. Dans cette intériorisation, les interdits deviennent inconscients. Il ne va plus s’y confronter dans la réalité, puisque quelque chose l’en empêche avant même de s’y trouver confronté.

Ce mécanisme est rendu possible grâce à la mise en place au niveau de l’appareil psychique, d’une nouvelle instance qui est essentiellement une instance interdictrice et censurante qu’on appelle le surmoi.

C’est une instance inconsciente dont la principale fonction est de juger le moi et de le censurer.

Par exemple, les forces interdictrices que l’enfant rencontre continuellement dans la réalité, et qui l’empêchent plus ou moins d’assouvir comme il le veut et quand il le souhaite, ses désirs, ces forces vont être intériorisées, mais à la faveur de l’intériorisation, elles vont se transformer. Et elles vont réapparaître au niveau du moi, au niveau de la conscience sous un tout autre aspect, ça va devenir les catégories morales, les vertus. Et c’est au nom de ces catégories morales que le surmoi apprécie, juge, censure le sujet et ses comportements.

C’est pour cette raison que l’on voit apparaître dans cette période de latence, les valeurs morales chez l’enfant. On voit apparaître des sentiments de pudeur, de dégoût qui sont le produit de certaines intériorisations, principalement à connotation sexuelle.

On voit apparaître aussi des aspirations esthétiques.

  • L’intériorisation ne peut se produire et être efficace que si le processus de refoulement s’est intensifié chez l’enfant.

Le processus de refoulement s’est intensifié parce que le surmoi veille à ce que les choses marchent dans un certain ordre, au nom de certaines valeurs. Donc tout ce qui ne répond pas à ces valeurs ou à ces appréciations n’advient pas à la conscience et est maintenu dans l’inconscient par le refoulement.

  • Le refoulement (voir Métapsychologie)

C’est un processus inconscient qui fait partie de ce que Freud appelle le destin des pulsions.

Ce processus psychique est tout à fait fondamental. Selon Freud, c’est lui qui est à l’origine de l’inconscient comme processus séparé du processus conscient. Il dit même que c’est une instance séparée du psychisme.

Une de ses propriétés, c’est de maintenir un équilibre psychique viable chez le sujet (équilibre que le sujet paye très cher par la suite).

Quand la satisfaction d’une pulsion susceptible de procurer du plaisir peut par ailleurs, engendrer du déplaisir (par exemple au niveau d’exigences externes) le sujet est contraint de refouler.

On retrouve là deux pôles constamment présents chez Freud, l’opposition entre principe de plaisir et principe de nécessité.

L’inconscient ne connaît que le principe de plaisir.

L’inconscient pousse toujours le sujet vers la satisfaction pulsionnelle, vers le plaisir.

En revanche, la réalité, dans son ensemble, ne va pas forcément dans le sens des exigences de l’inconscient.

Par exemple : une pulsion sadique orale ; la satisfaction de cette pulsion soulève d’emblée l’opposition entre principe de plaisir et principe de réalité. Il faut que l’enfant refoule la pulsion. Parce que la réalisation de la pulsion dans la réalité engendrerait un tel déplaisir en retour qu’il vaut mieux s’en prévenir par avance. Le rôle du refoulement, c’est d’assurer cet équilibre-là, c’est-à-dire par avance éviter au sujet de se trouver trop fréquemment confronté à des déplaisirs dans la réalité.

  • Au moment de la période de latence, le refoulement s’intensifie. Intensification liée à l’existence du surmoi, aux exigences censurantes du surmoi.

Remarque : par habitude, on parle de désir refoulé. Mais c’est le représentant de la pulsion que l’on refoule.

La plus grande partie des représentations maintenues dans l’inconscient sont des représentations infantiles.

  • Toutes ces représentations refoulées doivent tôt ou tard réapparaître, surgir et trouver des solutions de satisfaction. Mais comme elles ne peuvent pas trouver une satisfaction immédiate sous leur forme originaire, il faut donc, au niveau inconscient, qu’elles subissent un certain travail de transformation. Si ces représentants pulsionnels n’étaient pas transformés, ils seraient immédiatement et systématiquement refoulés. Pour qu’ils ne le soient plus, il faut donc qu’ils puissent subir une transformation telle que la censure, que le surmoi n’aura plus à se manifester. Il faut donc que ces représentations soient travesties, déguisées pour resurgir au niveau de la conscience et trouver une satisfaction possible.

C’est ce qu’on appelle le retour du refoulé ou les rejetons de l’inconscient.

Les matériaux transformés vont faire retour et vont trouver une satisfaction dans un accomplissement de désir.

Comme elles ont été transformées, elles ne réapparaissent dans la vie psychique du sujet que sous la forme de formations de compromis (Freud). Pour satisfaire aux exigences de la censure, la pulsion est obligée de faire des compromis. Donc le travestissement des représentants pulsionnels, c’est toujours le résultat d’un compromis psychique, compromis entre les exigences pulsionnelles et les exigences du surmoi.

Ces formations de compromis sont de nature diverse, l’inconscient travestit comme il peut, quand il peut ; tous les moyens sont bons. Par exemple, certaines représentations pulsionnelles vont trouver une issue possible de satisfaction en se transformant en fantasmes. Les fantasmes quels qu’ils soient sont toujours des scénarios imaginaires. Dans ces scénarios imaginaires, se satisfont tout le temps, des pulsions refoulées ; et dans une très large mesure, des pulsions sexuelles refoulées. Tous les fantasmes, quels que soient leur nature, leur contenu, constituent toujours des mises en scène du désir. Mais on ne retrouve plus l’identité de ces désirs parce qu’ils ont été travestis. Tous les fantasmes ne sont pas conscients (le contenu), il y a des fantasmes inconscients, comme ce que Freud appelait les fantasmes originaires.

Un autre moyen tout à fait privilégié : les rêves. Tous les rêves sont des lieux de satisfaction pulsionnelle refoulée.

Il y a d’autres formes plus anodines, plus fugitives : le lapsus et les actes manqués. Ils sont tous d’origine inconsciente et comme tels, ils permettent donc d’assurer la satisfaction de pulsions refoulées.

Puis une autre forme de compromis, très classique : le symptôme. Dans le, symptôme, la signification de ce qui s’y trouve satisfait est complètement étrangère à la conscience.

  • Toutes ces manifestations, on les appelle les formations de l’inconscient (Freud les appelait les rejetons de l’inconscient).
    Donc, une formation de l’inconscient, c’est toujours une formation de compromis.

La sublimation

C’est aussi un destin possible de la pulsion. Voir « Pulsions et destin des pulsion » in Métapsychologie. Voir aussi « Un souvenir d’enfant de Léonard de Vinci ».

  • L’objectif de la sublimation est de favoriser des accomplissements de désirs sous des formes acceptables par la censure et par le surmoi.
  • La sublimation a une originalité : la force de la pulsion (sexuelle) dans la sublimation, est dérivée vers un but non sexuel et également, vers un objet de satisfaction non sexuel mais qui est toujours valorisé socialement.
  • Donc, les grands lieux de la sublimation, pour un sujet, vont être les lieux d’activité spirituelle, plus généralement culturelle. Peu importe la nature de l’activité (artistique, sportive, esthétique, religieuse, littéraire, scientifique).
  • A côté de cette sublimation qui concerne essentiellement les pulsions sexuelles, Freud avait quand même avancé l’hypothèse que les pulsions agressives pouvaient aussi trouver un terrain favorable d’expression dans la sublimation.
  • Par exemple, les grands modes d’expression sublimatoire des pulsions sadiques sont la chirurgie et le goût pour les histoires militaires et guerrières, etc.
  • Ces processus de sublimation, chez l’enfant, on les identifie de façon tout à fait précise, dans son éveil à la connaissance, dans ses jeux et dans ses dessins.
  • L’effet de toutes ces modifications intrapsychiques : refoulement, intériorisation, sublimation, va contribuer à instituer ce que Freud appelle l’amnésie infantile : c’est cette incapacité où se trouve tout un chacun à des degrés peut-être différents, de pouvoir se souvenir d’un certain nombre de périodes de notre enfance. La psychanalyse peut en réveiller quelques-uns.

Durant la période de latence, il n’y a pas de modification de l’organisation sexuelle. Il y a surtout des modifications psychiques, mais l’enfant n’accède pas. Dans cette période-là, à un nouveau processus de fonctionnement sexuel.

Par contre dans le stade suivant, le stade génital, la puberté, là, l’enfant accède à une phase apparemment terminale de son organisation sexuelle.

Suite…

Pascal Couderc Psychanalyste, psychologue clinicien à Paris et Montpellier

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