La naissance de la psychanalyse (8) : Le stade oral

  • Le stade oral

a) Le stade oral primitif

b)  Le stade sadique oral (cannibalique) K. Abraham

a) Le stade oral primitif (env. 0-6 mois)

C’est la succion, d’abord du sein ou du biberon, qui va s’accompagner d’une satisfaction libidinale.

La satisfaction sexuelle est solidaire de la satisfaction alimentaire. On dit que la pulsion sexuelle s’étaye sur la pulsion alimentaire (pulsion anaclitique).

La pulsion alimentaire fournit à la fois une source, une direction, un objet et un processus de satisfaction à la pulsion sexuelle.

  •  Ce que remarque Freud, c’est qu’au bout d’un certain temps, le besoin de répéter la satisfaction sexuelle va se séparer de la pulsion alimentaire.

Il va y avoir séparation progressive des deux processus, et dans la frustration ou dans l’attente de la satisfaction alimentaire, l’enfant va substituer un instrument de satisfaction orale. Il va élaborer un objet substitutif à l’objet alimentaire qui lui permettra, hors les pulsions alimentaires, de satisfaire néanmoins les pulsions sexuelles.

  • Ces objets substitutifs sont essentiellement les doigts et le pouce (c’est le plus praticable).

En ce sens, l’enfant qui suce ses doigts ou son pouce est un enfant qui se satisfait sexuellement. On peut parler d’auto-érotisme.

b) Le stade sadique-oral, cannibalique

Ce qui va être prépondérant dans le but de la pulsion sexuelle, dans le processus de satisfaction, ça ne sera plus la succion mais la morsure.

  • Ce type de satisfaction lié à la morsure serait largement favorisé par le problème de la poussée dentaire.
  • Dès ce niveau-là, la satisfaction sexuelle de l’enfant va rencontrer ses premiers conflits.

Bon gré, mal gré, il faut que l’enfant apprenne à sucer, à téter sans mordre. Une tentative de morsure se solde pour lui par une      frustration, c’est-à-dire le retrait immédiat de l’objet alimentaire.

Il faut que l’enfant compose. On assiste à deux états de tension psychique tout à fait opposés. D’un côté, un état de tension qui incite à mordre pour satisfaire la libido, et un autre état de tension opposé au précédent, qui incite à ne pas mordre pour éviter la frustration alimentaire.

Ces états de tension sont l’occasion pour l’enfant, d’états de rage, à la mesure de ses moyens, mais qui traduisent l’impuissance où cet enfant se trouve, à certains moments, de pouvoir continuer à satisfaire ses pulsions et alimentaires et sexuelles selon son bon vouloir.

L’enfant fait ses premières expériences sadomasochistes sur ce mode-là.

Très tôt, l’enfant est pris dans un comportement psychique qui ne cessera de se développer par la suite : l’ambivalence.

On dit que l’enfant est ambivalent dans la mesure où il existe deux tendances opposées à l’endroit d’un même objet.

Le modèle privilégié de l’ambivalence, c’est l’opposition de l’amour et de la haine.

La satisfaction des pulsions chez l’enfant à ce stade-là, c’est ce qui traduit son amour de l’objet, or cet amour pour l’objet ne peut pas s’effectuer sans une destruction de l’objet par l’intermédiaire de la morsure.

M. Klein y a vu deux possibilités d’objets pour l’enfant : le bon objet et le mauvais objet.

A ce stade oral, l’enfant est installé dans un stade fondamentalement narcissique. C’est le narcissisme primaire.

Toute la libido de l’enfant est investie sur lui-même par l’auto-érotisme. Le narcissisme secondaire est un mécanisme différent. Il se manifeste essentiellement par un retrait de la libido des différents objets au bénéfice du moi. L’objet d’amour essentiel est le moi (voir « Pour introduire le narcissisme » 1914 in La vie sexuelle).

  • Le stade sadique-anal (env. 2-3 ans)

Il y a eu un déplacement radical de la zone érogène.

Le processus de satisfaction va être essentiellement lié aux fonctions d’excrétion.

L’expérience de satisfaction sexuelle va être directement liée à la rétention ou au rejet des excréments.

Cette expérience de satisfaction sexuelle sadique-anale est source de conflits épouvantables pour l’enfant.

C’est un processus de satisfaction fondamentalement conflictuel puisque c’est l’occasion, pour l’enfant, de rencontrer les conflits les plus sérieux avec ses parents dans ce qu’on appelle l’apprentissage de la propreté.

Un tel apprentissage, s’il est prescrit prématurément, est vécu par l’enfant comme une frustration absolument horrible, comme quelque chose d’extraordinairement douloureux.

C’est pour ça qu’en retour, la libido va tendre à se manifester sous une forme de plus en plus agressive.

  • L’érotisme anal est lié à deux aspects des fonctions d’excrétion : à l’activité et à la passivité.

Freud fait coïncider l’activité avec le sadisme, avec l’érotisme anal. Dans l’activité, dans le sadisme, l’érotisme anal trouve son meilleur appui.

Ce qui n’exclut pas que dans la passivité, l’enfant puisse y trouver son compte.

  • L’activité, c’est ce qui va correspondre à la rétention, au contrôle possessif de l’objet excrémentiel. L’enfant entend le donner quand il veut.

Quant à la passivité, elle est liée à l’évacuation.

L’objet évacué par l’enfant est vécu comme un objet perdu, comme un objet détruit. L’évacuation est toujours synonyme pour lui de destruction de l’objet.

L’objet excrémentiel est vécu par l’enfant comme partie de son corps.

Dans la passivité, l’enfant fait l’expérience de la destruction d’une partie de son corps.

Très rapidement, l’objet excrémentiel va pouvoir susciter des équivalences symboliques inconscientes.

Une première : les cadeaux. Ce qui se joue dans l’expérience des cadeaux, c’est une répétition inconsciente de ce qui s’est joué avec l’objet excrémentiel : on le garde ou on le donne.

Mais il y en a d’autres : excrément = cadeau = pénis = enfant = argent… Freud a pu définir le caractère obsessionnel (anal) : l’ordre, la parcimonie, l’entêtement, l’abstinence…

  • Le stade phallique (env. 3-5 ans)

C’est le stade le plus décisif de l’organisation sexuelle de l’enfant.

Ce sont les organes génitaux qui vont devenir directement zone érogène. Le pénis et le clitoris deviennent les objets partiels. La satisfaction sexuelle se fera par la masturbation.

  • Ce n’est pas l’ordre génital.

La caractéristique du vécu psychique du stade phallique, c’est que, pour l’enfant, à ce moment-là, il n’existe pas de différence des sexes.

Le seul organe sexuel qui est reconnu par l’enfant, c’est l’organe sexuel mâle.

  • Freud dit qu’au stade phallique, la libido est essentiellement masculine. Et du même coup, le clitoris est assimilé imaginairement par l’enfant, quel que soit son sexe, au pénis.

Ce problème de la différence des sexes, tout est dans l’imaginaire.

  • Les théories sexuelles infantiles sont les explications que l’enfant se donne à lui-même, quel que soit son sexe, pour essayer de comprendre la différence anatomique des sexes.

La question de la différence des sexes ne se pose que sous la forme avoir un pénis ou ne pas l’avoir, dès le départ la question de la différence des sexes se pose dans la dimension de la castration. Complexe d’Œdipe et complexe de castration.

  • Le complexe d’Œdipe, la castration.

1) La problématique du phallus

Cette notion de phallus, dans la situation œdipienne, est une notion fondamentale.

2) La castration

Le complexe d’Œdipe est la manière dont l’enfant va actualiser l’expression de ses désirs amoureux, érotiques, dans la relation qu’il a avec son père et sa mère.

Cette actualisation des désirs amoureux de l’enfant est toujours liée à l’actualisation de désirs de haine.

On trouve dans la situation œdipienne, dans le comportement de l’enfant, l’exemple le plus approprié de ce que Freud appelle l’ambivalence.

Selon que l’amour ou la haine sera prépondérant dans cette situation œdipienne, on pourra distinguer deux profils au complexe d’Œdipe. Un que l’on peut appeler complexe d’Œdipe positif par opposition au complexe d’Œdipe négatif.

Ce qu’on peut désigner par complexe d’Œdipe positif, c’est ce cas de figure où l’expression des désirs de mort, de haine se font à l’endroit d’un parent rival, de même sexe que l’enfant ; l’expression des désirs d’amour à l’endroit du parent de sexe opposé.

Dans le complexe d’Œdipe négatif, c’est l’inverse.

Cette situation conflictuelle au moins à l’endroit d’un des deux parents est une situation qui est promise à avoir un certain type d’évolution. Cette évolution est totalement fondamentale pour le devenir du sujet.

Au cours de cette évolution, l’organisation psychique de l’enfant va être amenée à se structurer sur un certain mode qui restera définitif.

Au sortir de la situation œdipienne, l’enfant est inscrit dans une certaine structure psychique, qu’il conservera jusqu’à sa mort. Par structure psychique, on entend un mode de fonctionnement du désir chez un sujet. Donc l’enfant sort du complexe d’Œdipe, structuré.

Ce complexe d’Œdipe est une composante absolument universelle parce qu’un enfant est issu d’un père et d’une mère, et c’est ça qui institue l’ordre œdipien parce que c’est la dimension du langage qui institue l’universalité de l’Œdipe.

Cette évolution œdipienne s’actualise différemment selon le sexe de l’enfant. Mais néanmoins, le modèle de la situation œdipienne, Freud l’emprunte à la tragédie de Sophocle où l’enfant en question est de type masculin. Il dit que c’est un cas de figure qui peut se transposer sans aucune espèce d’ambiguïté à l’enfant de sexe féminin. En raison du caractère essentiellement masculin de la libido, et de la prédominance que prend le pénis comme seul organe reconnu aussi bien par le petit garçon que la petite fille.

Freud est amené à conclure qu’il existe donc dans cette situation œdipienne quelque chose qu’on est obligé de désigner comme la primauté du phallus qui est corrélativement liée à la dimension de la castration. Selon que l’on soit garçon ou fille, on ne rencontre pas la dimension de la castration de la même manière.

Cette castration, c’est ce qui va marquer la phase terminale de l’Œdipe chez le garçon.

Pour la petite fille, c’est ce qui marquerait de façon inaugurale son entrée dans l’Œdipe.

L’enfant, quel que soit son sexe, attribue toujours l’existence d’un pénis à la mère : « Le pénis est la zone érogène directrice, l’objet sexuel auto-érotique primordial et la valeur que le sujet lui accorde trouve son reflet dans l’incapacité logique où il est de se représenter une personne semblable à lui sans cet élément essentiel ». Les théories sexuelles infantiles.

Tout se passe comme si la mère se présentait à l’enfant comme un objet sexuel attrayant, un objet érotique possible sous cette seule condition. Mais c’est imaginaire.

Sur la base de la différence anatomique des sexes, l’enfant éprouve la nécessité de substituer une théorie explicative qui consiste à attribuer un pénis à la mère, et à attribuer à la petite fille, l’absence de quelque chose ; et la petite fille à se considérer lésée parce qu’il lui manque quelque chose. Pour l’enfant, dans son économie psychique, il faut nécessairement que soit on ait le pénis, soit quand on ne l’a pas, on perçoive cette différence comme quelque chose d’absent.

Dans la mesure où il faut nécessairement que pour tout être semblable à lui, ce pénis existe, que quand il n’existe pas, on le fait exister en disant qu’il manque. Il faut donc un objet qui corresponde à cette absence, qui serait supposé combler ce manque : c’est le phallus. C’est un objet imaginaire. Alors que le pénis est un objet réel.

Donc le pénis est un objet réel.

Le phallus est un objet imaginaire dont la seule fonction est de combler ce qui est supposé manquer à certains.

En ce sens, on peut parler de la primauté du phallus.

Cette primauté du phallus semblerait soutenue par le fait que l’enfant serait dans l’ignorance de l’existence du vagin de la femme. Théorie cloacale selon laquelle l’orifice génital et l’orifice anal seraient confondus, d’où, dans l’imaginaire des enfants, les enfants qui naîtraient et se feraient par le même orifice, et auraient la même origine que les excréments.

M. Klein ajoute que l’enfant aurait une connaissance très précoce de l’existence du vagin de la femme, mais néanmoins il éprouverait la nécessité de construire son explication personnelle pour annuler cette vérité, mais surtout pour s’en défendre. Parce que ce qui est important pour l’enfant à ce moment-là, c’est que le phallus reste pour un temps un objet prévalent.

Cet objet est irréductiblement associé à la dimension de la castration. L’inscription dans une structure psychique va dépendre de la relation que l’enfant va entretenir avec l’idée de la castration – avec l’idée de perdre le phallus (et non pas le pénis).

  • L’enfant n’accepte pas volontiers de concevoir sa mère comme dépourvue de phallus, de même ses sœurs et toutes les femmes. Il y renonce d’autant plus difficilement que si cet objet n’est pas là, c’est soit qu’il manque, soit qu’il a été perdu.

C’est en ce sens qu’on peut dire que la castration est anxiogène. Freud l’appelle même angoisse de castration.

Devant cette angoisse de castration, l’enfant peut être amené pour se protéger, à récuser la question de la différence des sexes. Pour ce faire, il va élaborer une construction psychique défensive qui va prédéterminer pour lui son mode ultérieur d’évolution sexuelle.

Devant cette angoisse de castration, il y a deux issues.

Élaborer un processus défensif qui va lui permettre de contourner la question de la castration, la contourner sans l’accepter.

La plus souhaitable, bon gré mal gré, finir par l’accepter.

Selon que l’on souscrit à une de ces deux issues, on s’inscrit nécessairement dans un devenir sexuel parfaitement déterminé :

  • Les enfants qui sont amenés à neutraliser l’angoisse de castration en la contournant sans l’accepter deviennent des pervers. S’inscrivent, par avance, dans une structure perverse.
  • Quant à ceux qui, bon gré, mal gré, l’acceptent mais évidemment avec une certaine réticence, selon le moment où se fera la réticence, ils deviendront soit hystériques, soit obsessionnels.
  • Il y a encore un autre cas de figure, celui où la castration n’est signifiée d’aucune façon à l’enfant. C’est ce qui inscrit les enfants dans la psychose.
  • Prenons un exemple à propos de ces processus défensifs que l’enfant mobilise pour neutraliser l’angoisse de castration et pour essayer de contourner la question de la castration. Prenons l’exemple des structures perverses.

D’une manière générale, la mise en place d’une structure perverse s’origine dans l’angoisse de castration et dans la nature des processus défensifs que cette angoisse va susciter pour éviter la castration.

Suite…

 Pascal Couderc