L’angoisse de séparation

Freud, dans son ouvrage intitulé « Inhibition, symptôme et angoisse » attribue la source de l’angoisse à la crainte de la séparation et de la perte d’objet (à l’origine l’amour de la mère).

Selon lui, l’angoisse est un état de détresse psychique du moi devant un danger qui le menace, danger qui réveille la détresse psychique et biologique éprouvée par l’enfant en l’absence de sa mère, personne aimée et ardemment désirée. Freud fait donc de la crainte de la séparation le prototype même de l’angoisse.

Par la suite, lorsque l’individu se met à la recherche de nouveaux objets, il cherche non seulement à trouver un objet, selon Freud, mais à retrouver l’objet originel perdu ( » paradis perdu « ), qui avait autrefois apporté une satisfaction réelle.

Lorsqu’on parle de séparation dans un contexte de relation entre personnes, l’angoisse de séparation normale correspond au sentiment douloureux de crainte éprouvé par un individu lorsque la relation affective, établie avec une personne importante de son entourage, se trouve menacée d’interruption ou est interrompue.

Il peut s’agir d’une interruption par suite de la perte du lien affectif (perte d’amour) ou d’une rupture consécutive à une perte réelle de la personne importante. On parle plutôt de séparation lorsque la perte est provisoire, et de perte lorsque celle-ci a un caractère définitif. Cependant, les fantasmes de séparation tendent à se confondre avec ceux de perte, et la séparation est alors vécue comme une perte.

L’angoisse de séparation : phénomène universel

Il s’agit d’une émotion si proche et si familière que nous devons presque faire un effort pour nous apercevoir qu’il s’agit d’une préoccupation qui accompagne chaque instant de notre vie de tous les jours. Pensons simplement à ce que nous disons lorsque nous accueillons ou nous quittons des amis ou des proches :  » Je me réjouis de te revoir, je te croyais disparu, j’étais inquiet de ne plus recevoir de tes nouvelles… ne me laisse pas seul… »

A travers ces mots nous exprimons dans les circonstances apparemment les plus banales un besoin fondamental de relation affective en même temps qu’une nostalgie à la pensée de quitter une personne chère. L’angoisse de séparation traduit donc l’émotion douloureuse – plus ou moins consciente – qui accompagne la perception du caractère éphémère des relations humaines, de l’existence d’autrui et de notre propre existence.

Mais en même temps, c’est une émotion structurante, car percevoir la douleur de notre solitude nous fait prendre conscience d’une part que nous existons en tant qu’être seul et unique par rapport à autrui, et que autrui est différent de nous. C’est ainsi que l’angoisse de séparation fonde notre sentiment d’identité aussi bien que notre connaissance de l’autre.

Lorsqu’elle est apprivoisée, l’angoisse de séparation devient source d’élan de vie : apprivoiser la solitude, ce n’est pas supprimer l’angoisse, mais apprendre à y faire face et à l’utiliser pour la mettre au service de la vie. Alors, se sentir seul signifie prendre conscience qu’on est soi-même unique, que l’autre est également unique, et le lien de relation qu’on entretient avec soi-même et avec autrui devient infiniment précieux.

Pascal Couderc

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