La naissance de la psychanalyse (3) : la période pré-analytique (Charcot)

Charcot01II – LA PÉRIODE PRE-ANALYTIQUE (Charcot)

Son nom reste attaché à l’hystérie. Il a énormément produit à la clinique de l’hystérie.

Étiologie de l’hystérie

C’est Charcot qui a restitué une certaine dimension de respect dans la clinique de l’hystérie. Il en a fait une maladie nerveuse. C’est dans le service clinique des maladies nerveuses de la Salpêtrière qu’il a produit sa clinique. C’est dans ce même service que Freud l’a rencontré. Voir article de Freud à la mort de Charcot.

Charcot et Freud se sont trouvés intéressés aux mêmes choses auprès des hystériques, mais ils n’en ont pas retiré les mêmes conclusions.

L’œuvre de Charcot est la plus énorme jamais réalisée en neuropsychologie.

C’est en 1880 qu’il s’attaque à l’hystérie. En 1882, le gouvernement met à sa disposition d’énormes moyens.

Et comme Charcot s’intéresse à l’hystérie, tous les médecins s’y intéressent.

Avant Charcot (traité des maladies mentales), la clinique de l’hystérie était une clinique de dérision. Les hystériques étaient l’objet de soupçons permanents. Les cliniciens affectaient le plus grand mépris envers les hystériques (qui le leur rendaient bien).

La première contribution de Charcot a été de restituer une dimension de dignité à l’hystérie. Il applique à l’hystérie la méthode d’investigation clinique qu’il a appliquée à toutes les autres maladies nerveuses.

Les principes qui définissent cette méthode d’approche clinique se basent sur l’observation (très grande rigueur et minutie). Il va en tirer un certain nombre de constats :

– Dans n’importe quelle affection, les manifestations psychiques de la souffrance, de la douleur, peuvent toujours se trouver rapportées à des manifestations physiques. Il suffit de s’informer auprès des malades pour s’en assurer. Il existe une relation de cause à effet entre la souffrance psychique et l’affection physique.

Mais dans l’hystérie, on ne peut jamais mettre ça en évidence. L’hystérique souffre de quelque chose dont il est impossible de le rattacher à une localisation physique, elle souffre de quelque chose dont elle ne veut rien dire de la cause. Elle ne sait pas de quoi elle souffre.

Charcot essaie de localiser la cause physique de l’hystérie. C’est pour ça qu’il l’inscrit dans le champ des maladies nerveuses. Pour lui, l’hystérie avait une cause organique. Il va donc appliquer sa méthode clinique qui consiste à établir des tableaux symptomatologiques (sémiologie).

Il essaie de faire apparaître et de repérer des symptômes qui auraient un caractère constant, permanent. Il va faire une recherche dans les documents de procès de sorcellerie (on y décrivait des manifestations identiques à celles observées dans son service).

Il tire argument de ces constatations pour affirmer qu’il y a quelque chose de constant, de permanent dans l’hystérie qui confirme l’idée que sa cause est organique.

Il entreprend une série d’investigations :

Il étudie et décrit les troubles hystériques de la sensibilité de la peau, de la sensibilité des tissus profonds, des troubles hystériques liés au fonctionnement et au dysfonctionnement des organes des sens, liés à des modifications du métabolisme, il étudie les contractures, les paralysies, les anesthésies. Il pense qu’il est possible de repérer au niveau du corps de l’hystérique, des zones privilégiées : des zones hystérogènes.

Il décrit les crises d’hystérie. Aussi bien la grande que la petite crise.

La grande crise (la grande attaque)

Il isole 3 temps, 3 étapes essentielles qui marquent l’évolution de la crise :

  •  La période épileptoïde
  •   La période des grands mouvements
  • La période des hallucinations et des attitudes passionnelles (Voir les leçons du mardi de la Salpêtrière).

Ces grandes crises ont quasiment disparu des tableaux de symptômes de l’hystérie. Un certain type de grandes crises sont maintenant étiquetées abusivement comme des psychoses. Les malades sont donc hospitalisés comme psychotiques et vont se chroniciser comme des psychotiques. Il y a pourtant des différences fondamentales.

Ces tableaux cliniques singuliers sont aussi maintenant appelés psychoses hystériques.

Ces grandes crises que l’on appelait grande attaque complète et régulière ou encore l’attaque de la Salpêtrière, se trouvent décrites dans tous les traités des maladies mentales de l’époque.

Cela a permis à Charcot de découvrir 2 choses :

L’identification de l’hystérie masculine (troubles qu’on attribuait à des intoxications)

L’hystérie masculine est bien plus fréquente qu’on le supposait. Il a pu ainsi rattacher un certain nombre de troubles, de maladies diffuses au tableau clinique de l’hystérie. Ainsi des affections, des troubles psychiques consécutifs à des traumatismes. C’est ce qu’on appelle des névroses traumatiques. Il s’agit en fait d’hystérie. Charcot a décrit un nombre incalculable de cas d’hystérie masculine.

Il en a recherché la cause et il a déclaré que la seule étiologie possible de l’hystérie était organique, héréditaire.

Il range l’hystérie dans la (théorie) de la dégénérescence. Mais il a toujours dit que d’autres causes pouvaient intervenir. Des causes fortuites, des agents provocateurs.

Il voulait pouvoir ranger toutes les maladies nerveuses dans sa théorie, doctrine de la famille névropathique.

Les expériences hypnotiques de Charcot sur les hystériques ont eu un effet décisif sur Freud qui a l’intuition de l’inconscient.

Dans les 50 dernières années du 19ème siècle, les cliniciens escomptaient guérir un certain nombre de maladies. L’hypnose était considérée comme un instrument dont on attendait des vertus thérapeutiques. Charcot a utilisé ces démonstrations dans un but didactique, surtout pour mettre en évidence un certain nombre de manifestations paradoxales chez les hystériques. Il a pressenti qu’il y avait un lien entre les états hystériques et les états hypnotiques.

C’est lorsqu’il étudie les paralysies hystériques post-traumatiques, qui étaient surtout des paralysies hystériques masculines, qu’il a l’idée de reproduire artificiellement cette paralysie par l’hypnose chez des patientes. Par exemple, Charcot réussissait à provoquer toute une série de manifestations hystériques chez des sujets qui ne l’étaient pas. Les expériences les plus spectaculaires étaient les transferts de paralysie :

  •  sur le même sujet (paralysie du bras droit –> bras gauche)
  • échange de paralysie entre 2 sujets.

Il pensait que ces paralysies hystériques devaient intervenir à la suite de représentations d’événements oubliés. Ces représentations agissaient à l’insu des patients. Il a donc découvert le mécanisme de formation du symptôme hystérique.

  • Le rapport hystérie/hypnose

Les médecins de l’époque (Charcot le 1er) ont été manipulés, aveuglés par les hystériques. Ils ont été victimes de l’intrigue hystérique.

  • L’intrigue hystérique, c’est ce type de rapport névrotique dans lequel l’hystérique capture l’autre sans que l’autre s’en rende compte, soit pour mieux lui faire payer quelque chose, soit pour le destituer. L’autre s’y laisse prendre.

Les médecins se sont trouvés eux-mêmes confortés par toutes les expériences spectaculaires, ils n’ont pas repéré que les hystériques produisaient quelque chose à leur intention, spécialement à leur intention (lieux de découpe du symptôme sur le corps, la localisation des symptômes).

  •  Les lieux de découpe du symptôme sur le corps :

a) Les paralysies et anesthésies hystériques

Ces paralysies et anesthésies s’organisent selon des plans de clivage. En particulier, les hémianesthésies, paralysies s’organisent selon un plan médian.

Une partie du corps devient antinomique de l’autre. Une des deux parties est privée de sensibilité.

Dans la paralysie, anesthésie partielle, la localisation n’obéit pas à une localisation anatomique ou physiologique ; mais ces paralysies ou anesthésies semblent concerner des lieux du corps recouverts par certains vêtements, d’où les noms : anesthésie en gants ou en chaussettes, en ceinture, guêtres, etc.

Ce qui est intéressant, c’est le lieu de découpe. Il offre des caractères particuliers. Il s’agit toujours de lieux de rétrécissement du corps (poignets, genoux, cou).

Ces lieux ont une histoire (chez la femme) surdéterminée idéologiquement, érotiquement (bijoux…).

Le cou est un lieu privilégié comme point de départ des symptômes hystériques.

b) La cécité hystérique

C’est une arme radicale qui appelle un certain type de prise en charge médicale.

Mais plus le sujet est l’objet d’une exploration médicale, plus son symptôme redouble.

Il est moins fréquent de nos jours, mais existe encore.

C’est un symptôme qui illustre bien ce qu’est la névrose, à savoir quelque chose de soi dont on ne veut rien savoir.

c) La surdité hystérique

Mêmes propriétés que la cécité.

Mais la surdité hystérique a ceci de particulier qu’elle est sélective. Le sujet n’est pas sourd à tout ; il s’agit souvent d’être sourd aux paroles d’un membre de son entourage, de la famille.

On retrouve ce symptôme dans la cure analytique avec les hystériques. Le sujet est sourd à ce que lui dit l’analyste. Freud et Breuer (études sur l’hystérie) : le cas Anna O. Elle ne comprenait (parlait) plus l’allemand. Mais répondait à Breuer en anglais.

d) Le cou

C’est une zone de coupure hystérogène privilégiée car c’est une zone fortement investie sur le plan érotique.

C’est aussi un lieu de fantasme ordinaire chez les hystériques (fantasme de décapitation).

Le cou est une zone de passage électivement associée à un fonctionnement organique. Les symptômes vont s’organiser au niveau de la gorge, de la poitrine, de la tête… Une très grande pluralité de symptômes s’organise autour, dont la boule hystérique (spasme laryngé). Voir le cas Dora.

La toux hystérique – les vomissements hystériques

  •  Modification de la hauteur de la voix

La voix est coupée de sa résonance thoracique (voix de tête).

Dans la cure analytique, la voix de l’hystérique se modifie. Pour l’hystérique, à un niveau inconscient, c’est le tronc qui est complètement isolé de la tête, de la vie, du vécu psychique. Par exemple, on rencontre énormément de symptômes cervicaux, de céphalées, certaines migraines…

  • Les vertiges

Mis à part les vertiges de Meynières, on peut dire que tous les vertiges sont d’origine hystérique.

  • Les dystonies neuro-végétatives

Les médecins ont repéré toute une variété de symptômes. Tout ce qui concerne le fonctionnement des viscères. Quelque chose qu’on ne peut ordinairement pas contrôler.

L’hystérique fait l’objet de dysfonctionnements incompréhensibles d’où prise en charge médicale (foie, poumons, cœur, etc.).

Charcot a repéré aussi tous les troubles liés à l’excrétion et la sécrétion

Dans l’hystérie, les produits d’excrétion et de sécrétion sont mobilisés de façon inhabituelle. C’est donner quelque chose à voir. Ils sont produits sur le mode métaphorique de l’écoulement. Dans toutes les grandes crises, il y avait des mictions d’urine en grande quantité (à rapprocher de l’énurésie du petit enfant).

De même pour la salive et la sueur (plus ou moins).

C’est autour des perturbations de cycle que les hystériques manifestent des symptômes.

Un très grand nombre de femmes hystériques ont les cycles perturbés.

La grossesse nerveuse

Les hommes n’y échappent pas.

Ce sont des grossesses menées à terme (9 mois) accompagnées de transformations hormonales.

De tels symptômes ont un objectif, une vocation signifiante. Quelque chose qui ne peut pas se dire autrement.

C’est ce qui a le plus piégé Charcot et son école. Il n’a pas voulu comprendre qu’il est dans la structure de l’hystérique d’exhiber le ou les symptômes.

C’est un appel tendu vers l’autre.

Plus le symptôme est objet d’observation, plus il se développe. Quand le symptôme quitte l’observation pour devenir objet de savoir, il n’y a plus de limites. D’où les exhibitions (de cirque) des malades.

La question de l’étiologie de l’hystérie (origine organique) n’a pas satisfait tout le monde.

Babinski a appliqué la méthode de Charcot pour essayer de dégager ce qui pouvait être l’origine organique de l’hystérie. Mais il a tout épuisé sans trouver. Il a donc conclu qu’il n’y avait aucune affection organique expliquant l’hystérie.

Il reste donc à trouver la cause réelle de l’hystérie.

Il a pensé que si ça ne se situait pas dans le corps, cela venait du fonctionnement psychique. Il a été frappé par la parenté hypnose/hystérie et en particulier à quel point l’hystérique se montrait sensible aux ordres ; comment l’hystérique, à la suite d’un ordre, pouvait démobiliser son symptôme et le reprendre ensuite. Donc que la suggestion jouait un rôle prépondérant dans la formation des symptômes.

Il ne restait qu’à repérer la fonction essentielle : le mimétisme identificatoire des hystériques.

Il a donc fait une expérience : il a séparé les hystériques des vrais épileptiques (ensemble à la Salpêtrière). Depuis ce jour-là, les grandes crises ont disparu.

En conclusion, l’hystérique tente de s’identifier (de démasquer) au désir de l’autre, de devancer le désir de l’autre pour y répondre par avance.

Ii suffisait donc d’affecter la plus grande indifférence aux symptômes pour qu’ils disparaissent quasiment.

A la Salpêtrière, ce désintérêt a porté ses fruits. Tout le côté spectaculaire tendait à disparaître.

Ceci est toujours vrai dans la clinique analytique. L’analyste observe le plus grand désintérêt pour les symptômes.

Il restait à trouver la cause réelle et la thérapeutique de l’hystérie. C’est Freud qui a mis ça en place.

Suite…

Pascal Couderc Psychanalyste, psychologue clinicien à Paris et Montpellier est fondateur du site boulimie.com et de pervers-narcissique.com

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