L’adolescence par Pascal Couderc (2)

II. LE NORMAL ET LE PATHOLOGIQUE

II.1 La norme

Si le corps en transformation est au cœur de l’adolescence, la question de la norme et surtout de ses fluctuations sont le repères mouvants d’un rapport à soi-même et aux autres qui préoccupent parents et adolescents.

La norme est avant tout subjective et donc individuelle pour l’adolescent. Elle est liée à son histoire personnelle.

Les repères de l’enfance ne sont plus valables et ce vide génère de l’angoisse.

Par ailleurs, l’idéologie (c’en est une …) véhiculée par les médias, qui impose un standard esthétique comme norme, rend encore plus aigu le sentiment de ne pas être conforme, et amène son cortège de symptômes et d’inhibitions.

II.2 Le pathologique

Nombreux sont ceux qui banalisent les manifestations de désarroi les plus violentes -comme les tentatives de suicide- et préconisent des interventions a minima, voire l’abstention thérapeutique.

Si la banalisation des troubles à l’adolescence existe bel et bien, le risque inverse existe également : considérer toutes les manifestations de l’adolescence comme pathologiques dès lors qu’elles sont conflictuelles et perturbantes.

Il n’y a pas d’adolescence sans crise d’adolescence.

La crise est le témoin d’un moment critique du développement humain et en même temps l’expression d’un travail psychique au service de ce développement.

Ceci n’implique pas que tout et n’importe quoi puisse être inclus dans cette notion de crise.

Il est indispensable dans certains cas de poser un diagnostic et une indication thérapeutique, car on connaît aujourd’hui l’évolution désastreuse de patients qui ont présenté à l’adolescence des troubles psychiques évidents et qui n’ont pas été correctement soignés sous prétexte de ” crise d’adolescence “.

Moment décisif, la ” crise d’adolescence ” est bien ce temps incontournable qui va permettre l’accession à la sexualité adulte. Mais définie ainsi, elle reflète exclusivement un processus normal.

L’observation clinique et les études de suivi ont progressivement conduit à s’intéresser non pas au phénomène de crise en tant que tel, mais aux destins de la crise, autrement dit, à ses issues, qui peuvent être diverses.

Schématiquement, et c’est l’issue heureuse, la crise qui va de pair avec la période de transformation pubertaire aboutit à un niveau d’organisation et de fonctionnement psychique supérieur à celui qui existait avant la crise. Ce gain se traduit en particulier par une plus grande autonomie vis-à-vis du monde extérieur et une meilleure différenciation entre soi et autrui.

L’issue malheureuse, signant l’entrée en pathologie, avec son cortège d’expressions symptomatiques, c’est la régression à des modalités de fonctionnement de moins bonne qualité en comparaison de ce qui prévalait avant la crise.

Entre ces deux extrêmes peut être décrite une position intermédiaire, instable par définition, une sorte d’état de crise sans fin, où la voie de la progression comme celle de la régression sont à la fois tentantes et infranchissables.

Certains troubles psychiques majeurs apparaissent à l’adolescence, donnant l’impression d’être ” un coup de tonnerre dans un ciel bleu “, et posent inévitablement la question de la continuité ou de la discontinuité avec les troubles de l’enfance.

On le voit, la différence entre normal et pathologique est parfois difficile à faire par l’entourage. Il ne faut donc pas hésiter à demander un avis.

Pascal Couderc, psychanalyste, psychologue clinicien à Montpellier

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