L’adolescence par Pascal Couderc (fin)

V. LA PATHOLOGIE

Nous allons aborder maintenant la pathologie, à savoir : dépression, tentatives de suicide, troubles du comportement alimentaire, consommation de drogues et épisodes psychotiques.

Comme nous l’avons déjà vu, parler de ces conduites suppose que l’on puisse distinguer ce qui est normal de ce qui est pathologique.

La question pour les adultes est de savoir à partir de quand doit-on s’inquiéter ?

La réponse et claire :

Qu’il s’agisse d’humeur dépressive, de changements radicaux de comportements ou de conduites à risque, c’est :

1. Leur répétition qui doit alerter (alcoolisation, accidents, échecs scolaires, troubles du comportement alimentaire, etc…) ;
2. Leur durée (une humeur dépressive de plus de 15 jours doit amener à consulter)
3. Plusieurs conduites se cumulant ;
4. Changements d’environnement, deuils, etc…

Donc, soit un trouble isolé qui persiste (ex. anorexie avec amaigrissement…), soit des conduites diverses qui se cumulent. Il est indispensable d’intervenir rapidement afin de ne pas laisser s’installer des pathologies qui risquent d’évoluer de façon chronique.

V.1 Les pathologies liées au corps

a) Les angoisses

Les angoisses concernant le corps sont fréquentes à l’adolescence. Elles peuvent prendre la forme d’angoisse hypocondriaques ou de craintes dysmorphophobiques.

Les angoisses hypocondriaques des adolescents sont surtout centrées autour du processus vital (cœur, sang, etc…).

Elles sont le signe du malaise de l’adolescent dans son corps.

Les craintes dysmorphophobiques renvoient à un vécu de honte, au sentiment que son corps n’est pas beau, qu’il est monstrueux, que tout le monde le regarde.

Cela peut concerner un élément du corps, du visage ou le corps entier (gros, maigre…). Ces craintes peuvent avoir des répercutions sur le rapport aux autres (ne plus sortir par exemple). Là où les parents doivent être vigilants, c’est que du fait du sentiment de honte, l’adolescent en parle rarement à son entourage.

b) Les conduites alimentaires : boulimie/anorexie (voir www.boulimie.com)

Les repas, l’alimentation constituent un pôle important des relations familiales.

Les enjeux qui s’y cristallisent en font un indice d’évaluation pour les parents.

L’adolescent qui fuit les repas tout en mangeant dès que ses parents ont le dos tourné manifeste une difficulté relationnelle qu’il faut essayer de dénouer.

Les variations quantitatives

Des crises boulimiques à une véritable anorexie, on observe des variations dans les quantités de nourriture consommées.

La crise boulimique se passe de préférence à la maison, quand l’adolescent est seul. Il peut manger toute sorte de nourriture, de paquets de gâteaux jusqu’à des aliments qu’il ne consomme pas habituellement.

De grandes quantités de nourriture peuvent ainsi être consommées dans un temps restreint. Ces crises s’accompagnent souvent d’un sentiment de honte. Petit à petit, s’installe un rituel de consommation.

Des vomissements ne sont pas rares, spontanés ou provoqués.

Boulimie ne signifie pas obésité. Il y a des boulimiques qui n’ont pas de surcharge pondérale.

Dans la boulimie, il y a surtout une grande solitude, un isolement.

Des comportements de restriction alimentaire peuvent apparaître. il peut s’agir d’alternance avec des épisodes boulimiques vos ou de conduites anorexiques sans boulimie.

Du régime pour perdre quelques kilos, qui pose la question de la norme, à des restrictions pathologiques graves ( risque de mort) , il faut toujours faire très attention à cette question. Quand une anorexie est installée, elle est est de traitement difficile. Il convient d’intervenir le plus tôt possible.

Par ailleurs, les troubles des conduites alimentaires peuvent accompagner des perturbations dépressives.

c) Les troubles du sommeil

Très fréquents à l’adolescence, il s’inscrivent dans le mouvement de changements propres à cette période de la vie.

Il s’agit principalement des difficulté d’endormissement. Il convient d’y voir souvent le signe d’une angoisse (pas nécessairement gravissime). C’est aussi l’occasion pour l’adolescent d’apprendre à gérer son sommeil, il s’agit d’une expérience d’autonomie.

Lorsque l’anxiété et trop importante, l’adolescent peut avoir recours à des rituels de endormissement où il n’est pas rare de trouver associés des consommations de psychotropes, d’alcool, de tabac, de cannabis, de somnifères, etc.

V.2 Les passages à l’acte

a) la délinquance

Là également, il est indispensable de faire la différence entre l’acte isolé et une conduite délinquante constituée.

Devant un acte isolé, la réponse était essentielle, soit il n’y a pas de réponse et on recommence, soit elle est excessive et cela fixe l’adolescent dans une identité de délinquant .

b) La tentative de suicide

Elle est la deuxième cause de mortalité chez les adolescents après les accidents de la circulation.

la tentative de suicide est souvent un geste impulsif.

C’est le retournement contre soi de l’agressivité et en même temps un moyen de faire réagir les autres. Elle peut être liée à de véritables problèmes dépressifs. Une des caractéristiques de la tentative de suicide à l’adolescence, c’est la fréquence de la récidive (environ un adolescent sur deux récidive).

Notons aussi le risque et de banalisation de ce moyen qui peut devenir un moyen de pression sur l’entourage.

À la différence des tentatives de suicide chez les adultes, le contexte, chez les adolescents n’est pas toujours très pathologique, mais elle témoigne d’une grande souffrance qui risque de persister et d’évoluer vers des formes pathologiques graves.

Une tentative de suicide chez un adolescent doit toujours amener à consulter un spécialiste.

V.3 La dépression

Il est important de faire la différence entre “déprime” et “dépression”.

a) la déprime

La déprime est le sentiment de ne pas être à la hauteur, de tristesse, qui n’a rien de pathologique. Le processus d’adolescence lui-même favorise ce type de manifestation.

L’élément déterminant, là encore, réside dans la persistance du trouble.
Des moments de cafard qui cèdent lors de sortie avec les copains, une activité scolaire maintenue, un mieux-être après un peu de repos, permettent de faire la différence le cas des pressions proprement dite.

b) la dépression

il faut savoir que la dépression à l’adolescence ne se présente pas toujours sous les aspects exclusifs et francs de la dépression (pleurs, désintérêt, fatigue) mais peut emprunter la voie somatique ou celle de comportements inhabituels (provocants ou agressifs) .

Quelques symptômes typiques peuvent faire penser à un épisode dépressif : hypersomnie – hyperphagie – humeur instable – sentiment d’être rejeté.

Dans tous les cas, lorsque l’adolescent se plaint depuis plus de quinze jours de tristesse, de sentiment de culpabilité, de troubles du sommeil et /ou du comportement alimentaire, il a besoin d’aide.

Il en est de même pour la survenue brutale de ces troubles.

Ces dépressions, si elles ne sont pas reconnues est traitées, peuvent évoluer vers des tentatives de suicide qui peuvent être fatales mais également vers des organisations de la personnalité sur un mode dépressif chronique.

V.4 La drogue (voir ici)

Contrairement à certaines idées reçues, la drogue n’est pas le problème de l’adolescence.

Soyons clairs, il n’est pas question de dire que la question de la drogue ne pose pas de problème, mais que la consommation régulière de drogue n’intervient pas de façon isolée chez un adolescent bien portant dans un milieu familial stable et sécurisant.

Les enquêtes sur la santé des adolescents montrent que les usagers de drogue sont aussi en difficulté scolaire, ont un taux d’absentéisme élevé, fument du tabac, consomment de l’alcool et sortent plus fréquemment.

Tout d’abord qu’est-ce que la drogue ?

C’est un produit psychotrope qui crée une dépendance.

Ce produit peut être licite (caféine, le tabac, alcool, médicaments) ou illicite (cannabis, ecstasy, L.S.D., cocaïne, héroïne).

On observe, selon différents facteurs, deux types d’usages de drogue :

– l’usage récréatif
– l’usage toxicomaniaque

l’usage récréatif est occasionnel et se pratique en groupe. Comme toute consommation, elle n’est ni banale ni à dramatiser à outrance, mais il est nécessaire d’évaluer quels retentissements elle peut avoir sur la vie de l’adolescent.

Les produits consommés sont aussi à prendre en considération (dangerosité de l’ecstasy et du L.S.D., entre autres).
L’évolution vers un usage toxicomaniaque est loin d’être systématique, mais là aussi, la réponse de l’entourage est un facteur important.

On parle de toxicomanie lorsqu’une grande part de la vie du consommateur tourne autour de sa pratique au détriment de toutes les autres activités.

Les indicateurs à repérer sont : la consommation en solitaire, les besoins plus importants d’argent et de brusques changements de comportements.

EN CONCLUSION

Les adolescents vivent dans un monde en mutation, ils ne peuvent pas bénéficier de tous les repères qui ont aidé leurs parents à se construire.

Il ya a quelque chose à inventer et dans ce cheminement les parents ne peuvent que les accompagner.

Pascal Couderc

Psychanalyste

PartagezPartagez sur FacebookPartagez sur TwitterPartagez sur GooglePlusPartagez sur LinkedinPartagez sur Pinterest