L’adolescence par Pascal Couderc (1)

Le conflit est organisateur de la vie.
L’absence de conflit est une utopie:
C’est de l’opposition des forces ou de tendances contraires
que surgit la création.

C’est dans le conflit avec les images parentales que l’enfant, l’adolescent,
construit son identité.

La dynamique de la vie implique la gestion des contraires.

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Ce texte est issu d’une conférence destinée à des parents d’adolescent dans le cadre d’une campagne de prévention.

I. DEFINITION

I.1 Approche historique et socio-culturelle

” Adolescence ” vient du latin ” adolescere ” qui signifie ” grandir vers “.

Mais l’adolescence n’est ni universelle, ni naturelle.

Dans certaines cultures, l’adolescence n’existe pas. La progression de l’enfance à l’âge adulte est uniforme (rites initiatiques).

Tandis que dans notre société, il s’agit d’un moment de rupture entre l’enfance et l’âge adulte.

Historiquement, l’adolescence est née au milieu du XIXe siècle.
Alors qu’à la puberté les jeunes devenaient, hors de la famille, apprentis ou servantes, l’adolescent va rester de plus en plus longtemps dans sa famille.

L’évolution qui a généré l’adolescence est caractérisée par le déclin de l’apprentissage traditionnel des métiers avec l’industrialisation et l’extension de la scolarisation.

I.2 Adolescence et puberté : l’adolescent et son corps.

Disons tout de suite que l’adolescence n’est pas la puberté. Les deux phénomènes sont connexes.

La biochimie du changement pubertaire n’affecte pas seulement le corps de l’enfant, sa morphologie, elle modifie aussi son monde interne, ses affects, ses émotions.

a) La puberté

La puberté se définit comme l’ensemble des changements essentiellement biologiques et anatomiques qui aboutissent à la capacité de reproduction.

Quelques repères :

La puberté des filles est plus précoce que celle des garçons, en moyenne de deux ans. L’âge moyen de la puberté des filles en France est de 12 ans.

La puberté des garçons se situe entre 13 ans et demi et 14 ans.

La durée de la puberté est variable. Les changements peuvent s’accomplir en moins de deux ans ou durer de six à sept ans.

b) Le corps de l’adolescent

C’est le corps du sujet qui est au cœur de l’adolescence : un corps en transformation, un corps en identification, un corps en sexuation. L’image du corps est un concept important.

I.3 Approche psychanalytique

L’adolescence est le processus psychique qui permet d’intégrer les changements induits par la puberté.

Ce processus commence au moment où la puberté est investie par l’enfant, parfois même avant que celle-ci ne soit éprouvée dans le corps.

Pour certains, cet investissement (positif ou négatif) se fait à l’occasion des premières manifestations physiques de la capacité de procréation, pour d’autres, il peut s’enclencher avant que les changements physiques ne se fassent sentir.

Le lien entre la puberté et le processus d’adolescence est donc clair, bien qu’aucune équivalence (même temporelle) ne puisse être posée entre les deux ordres de phénomènes.

Il faut distinguer le corps de l’image du corps : quel adolescent n’a pas passé de longs moments devant sa glace ?

Deux éprouvés semblent, à ce moment, prépondérants : un sentiment d’étrangeté face à ce corps en transformation et une interrogation : qui suis-je ?

Ces questions sont essentielles, elles témoignent de remaniements profonds au niveau du narcissisme et du rôle de l’idéal du moi.

I.4 La fin de l’adolescence

Cerner la fin de l’adolescence est chose moins aisée.

Considérons que celle-ci se termine quand les remaniements identificatoires inhérents aux processus d’adolescence aboutissent à l’assomption d’une identité sexuelle stable, irréversible.

De plus, les nouvelles identifications doivent permettre l’intériorisation du code social, ainsi que l’acquisition d’un statut propre rendant caduque la tutelle parentale.

L’adolescence, j’insiste, a une fin :

*Normale lorsque les transformations que nous venons d’évoquer réussissent.

*Pathologique, lorsque le processus d’adolescence est court-circuité, empêchant l’autonomisation de la pensée et l’appropriation du corps sexué.

Une telle faille peut être flagrante (dans les troubles sévères) comme elle peut être plus ou moins subtilement masquée par des défenses adaptatives ou mutilatrices.

De la dépendance à l’autonomie, ainsi pourrait-on résumer la fonction du travail de l’adolescence.

Pascal Couderc, psychanalyste à Montpellier

Suite…

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